Le plaidoyer de Simon Renucci pour Ajaccio


Allocution prononcée par M. Simon Renucci, Député Maire d’Ajaccio à l’occasion de la visite de Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République à Ajaccio.



Le plaidoyer de Simon Renucci pour Ajaccio
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, au nom d’Ajaccio et en mon nom personnel, je veux vous souhaiter la bienvenue à l’Hôtel de Ville. Siate tutti benvenuti in la casa cumuna. C’est un honneur que le Président de la République soit l’hôte des représentants des Ajacciennes et des Ajacciens. Ajaccio doit à un destin singulier d’avoir accueilli tous les présidents de la Vème République.

Mais c’est par la visite du Général de Gaulle le 8 octobre 1943, alors qu’il n’était pas encore à l’Elysée que je voudrais pourtant commencer. Celle-ci, intervenue à un moment capital de notre histoire, est toujours vive dans la mémoire collective. Sur la place des Palmiers chère à tous les Ajacciens, il lançait à la foule immense venue l’accueillir : « (Les Corses) auraient pu attendre que la victoire des armées réglât heureusement leur destin. Mails ils voulaient eux-mêmes être des vainqueurs. Ils jugeaient que la libération ne serait point digne de son propre nom (…) s’ils n’avaient pas leur part dans la fuite de l’envahisseur (…) ». Ajaccio première ville française libérée prouvait alors, dans un même élan, son attachement à la France, à la République et à la démocratie.

Le président de Gaulle y viendra en 1958 et en 1962, à d’autres moments clés de l’histoire de notre pays. Le 15 août 1969, c’est Georges Pompidou qui viendra fêter le bicentenaire de la naissance de Napoléon dont l’épopée fulgurante continue de faire la fierté de la ville. Puis, François Mitterrand, en juin 1983, prononça une allocution remarquée sur la place Foch. Remarquée d’abord parce que sa venue faisait suite à la promulgation de la loi sur le statut particulier de la Corse qui ouvrait enfin, au pays tout entier, la voie de la décentralisation. Remarquée aussi car, pour la première fois à ce niveau de l’Etat, il évoquait un droit à la reconnaissance culturelle et invitait la Corse à être elle-même. S’engageait alors un vaste mouvement en faveur des libertés et des responsabilités locales. Les statuts successifs devaient le poursuivre et l’amplifier en confiant aux élus locaux des pouvoirs supplémentaires, notamment en matière de gestion des crédits publics. C’est désormais un des acquis indépassables de la décentralisation.

J’ai fait référence à ces grands moments de l’histoire locale et nationale pour situer la continuité dan laquelle s’inscrit votre visite. Mais j’y perçois aussi quelques éléments de rupture. Celle qui se manifeste par la tenue de ce Conseil des ministres décentralisé qui a transformé ce matin la capitale régionale en capitale de la France. C’est un honneur inédit.

Celle qui se manifeste par votre attachement permanent à la Corse. Je veux le souligner car quels que soient les aléas de la vie publique, quelles que soient les différences de point de vue sur tel ou tel sujet, quelles que soient les divergences politiques parfois profondes, les Corses aiment ceux qui aiment la Corse.

Monsieur le Président, en plaçant votre visite sous le signe du développement durable vous avez souhaité qu’une nouvelle ère s’ouvre pour la Corse. J’y souscris pleinement. J’aime aussi l’idée que notre île soit une région pilote dans l’utilisation des énergies renouvelables ou dans la valorisation de la biodiversité. Elle a tous les atouts pour cela. Elle dispose d’un environnement naturel exceptionnel dont la préservation est une préoccupation déjà ancienne mais qui doit plus que jamais inspirer toutes les politiques publiques. Dans de nombreux domaines, c’est le cas pour la ville : partenaire incontournable du pôle de compétitivité Cap énergie à travers le site de Vignola, projets certifiés « Haute Qualité Environnementale », « Opération Grand Site Sanguinaires la Parata » avec le concours de l’Etat et du Conseil général, programme européen Concerto, préservation de zones étendues du territoire dans le futur PLU. La Capa s’y implique également en refusant avec détermination l’implantation d’un incinérateur dans l’île ; en s’emparant avec la même détermination du traitement des déchets ménagers. La ville et la Capa ont également dégagé des pistes de réflexion intéressantes lors des récentes assises du développement durable organisée dans le cadre du Grenelle de l’environnement.

Mais cette ère ne sera véritablement nouvelle qu’à la condition de prendre en compte, à des niveaux encore jamais atteints, les villes insulaires et notamment Ajaccio. La cité impériale porte une grande partie de l’avenir de la Corse et la Corse entière bénéficiera de l’expansion de sa capitale régionale. Pardonnez mon entêtement à répéter inlassablement dans mes interventions publiques ce qui m’apparaît chaque jour davantage comme une évidence : la Corse ne réussira que si Ajaccio réussit. Cette évidence est trop souvent niée ou combattue non par fidélité à cette pensée d’Erasme qui veut que « l’homme est ainsi fait que les fictions l’impressionnent plus que la réalité » mais par crainte que le réveil d’Ajaccio ne perturbe l’équilibre qui s’est mis en place il y a déjà quelques années. Je veux les rassurer. Ajaccio n’est pas la Chine et n’a aucune volonté hégémonique. Elle entend simplement être représentée et traitée à la hauteur de son poids démographique, culturel, économique et touristique. Je suis convaincu que les retards en équipements et en infrastructures publics, sa marginalisation qui l’a empêchée de remplir complètement sa fonction urbaine, et son rôle de tête de pont de la modernisation, ont largement contribué à la crise multiforme qu’a subie notre île à partir des années 1970.

La réussite d’Ajaccio que j’appelle de mes voeux peut se décliner en opérations concrètes, autour de quelques grands projets que je veux évoquer devant vous, non sans avoir auparavant rappelé que, depuis mars 2001, nous avons essayé de promouvoir une vision plus équilibrée de la ville en cherchant à renforcer sa cohésion et à rattraper les retards en équipements et services.

Ces grands projets sont au nombre de quatre. Bien sûr ils ne constituent pas à eux seuls la politique de la direction municipale mais ils illustrent nos orientations politiques et ont un caractère structurant, ce qui me conduit à leur réserver une place particulière. La Citadelle Miollis, vieille revendication des Ajacciens que le relevé de conclusions adopté en novembre 2003 au ministère de la défense semblait enfin satisfaire. Une polémique s’en est suivie. Elle a eu pour seule conséquence de bloquer toute avancée. Son transfert dans le patrimoine communal revêt un caractère symbolique très fort et serait un signal positif adressé à l’ensemble de la population ajaccienne qui a trop souvent éprouvé un sentiment d’abandon. Ensuite, bien sûr, son aménagement fera l’objet d’une concertation générale avec l’ensemble des partenaires traditionnels de la ville. Un partage équitable du site peut être envisagé sans difficulté.

Au cours de la même réunion, il avait été convenu de céder, à titre onéreux cette fois, les terrains de la marine à Saint Joseph. Comme l’impose la loi, et comme s’y était engagé le gouvernement, ils devaient préalablement faire l’objet d’une dépollution. Prévue en 2006, elle n’a toujours pas été effectuée. Cette zone de Saint Joseph est essentielle à l’expansion et à l’équilibre d’Ajaccio : elle doit accueillir une grande part de son expansion future sous forme de voiries nouvelles, d’équipements publics nouveaux, notamment scolaire ; elle doit aussi, et c’est particulièrement important, être le lieu d’implantation de logements notamment sociaux. C’est également à ses abords immédiats que le nouvel hôpital sera bâti. Notre municipalité, et je veux redire ici ma fierté d’avoir conduit cette équipe pendant sept ans, a accordé à cette question du logement une attention de tous les instants. D’ailleurs, le Conseil municipal délibérera lundi sur un grand programme de constructions de 300 logements sociaux dans la partie nord est de la ville

Il y a quelques jours, nous avons appris que la future centrale thermique du Vazzio ne serait pas construite sur le territoire communal d’Ajaccio. Je veux saisir l’occasion de votre présence ici, Monsieur le Président, pour vous dire ma colère. Colère qu’après avoir subi, pendant de nombreuses années, toutes les pollutions, c’est au moment où l’on s’apprête à produire de l’électricité presque sans risque de santé publique et sans nuisances environnementales, que l’on choisit de déplacer l’usine ailleurs ; colère également que soient écartés sans discussion et sans véritable examen, les sites proposés par la ville alors même qu’ils induisent des contraintes et des coûts moindres ; colère enfin que l’on joue les territoires les uns contre les autres, privant ainsi la Communauté d’Agglomération d’une ressource indispensable à ses besoins d’investissement.

Pour terminer, je voudrais parler de la connexion de la Corse au Gazoduc reliant, via la Sardaigne, l’Algérie à l’Italie. C’est une chance unique qui ne se représentera plus et qui exige l’implication de l’Etat au plus haut niveau. Elle nous permettrait de sécuriser nos approvisionnements énergétiques et de bénéficier enfin - avec le gaz naturel - d’un combustible non polluant, d’alimenter les futures centrales et de nombreux consommateurs, de dynamiser ce secteur économique. De surcroît, cette liaison dont la puissance symbolique n’échappe à personne, serait immédiatement mise à l’actif du projet d’union méditerranéenne que vous avez qualifié de vitale.

Enfin, Monsieur le Président, je me dois de vous dire qu’ici plus qu’ailleurs, des services publics de qualité sont une ardente obligation, particulièrement dans le domaine des transports si essentiels au développement de l’île. Les Corses aiment les services publics et sont particulièrement attachés à leur compagnie aérienne régionale.

Je vous remercie de votre présence dans cet hôtel de ville d’Ajaccio et forme le vœu que les prochaines années permettent à notre pays de faire face aux défis de la mondialisation et d’œuvrer à la promotion du dialogue des civilisations ; de satisfaire aussi à la demande de solidarité qui monte des populations les plus en difficultés et des territoires les plus éloignés des grands flux d’échanges qui ordonnent le monde.

J’espère qu’elles verront aussi Ajaccio et la Corse répondre aux attentes d’une population confrontée à des difficultés de pouvoir d’achat, au retour d’une certaine misère qu’une pudeur toute méditerranéenne soustrait au regard de l’autre, confrontée aussi à une précarité croissante. Cette réalité est trop souvent absente des débats politiques et des politiques publiques. Cette réalité, insupportable, doit mobiliser des moyens inédits. La question sociale, comme l’on disait au XIXème siècle, est redevenue une question d’actualité dans tout le pays mais aussi en Corse avec une acuité particulière. Chacun là où il est, avec ses moyens, dans ses domaines de compétence, a le devoir d’agir.

J’espère aussi que ces années qui viennent verront Ajaccio et la Corse tourner définitivement le dos au pessimisme et à la morosité pour regarder sereinement vers l’avenir. Ici, en tout cas, nous avons confiance. Je vous remercie.